Où en êtes-vous avec votre capacité à rire de vous-même ?
Vous savez probablement rire d'une situation cocasse, d'un bon mot, d'un personnage de film ou des petites manies de quelqu'un que vous connaissez.
Mais savez-vous rire de vous-même ?
Pas vous dévaloriser. Pas vous ridiculiser. Pas raconter vos défauts pour prendre les devants avant que quelqu'un d'autre ne les remarque.
Simplement vous regarder avec suffisamment de recul pour reconnaître vos contradictions, vos petites obsessions, vos certitudes, vos maladresses… et parfois les trouver franchement drôles.
Cette capacité porte un nom : l'autodérision.
Et contrairement à ce que l'on pourrait croire, savoir rire de soi demande souvent une certaine confiance en soi.
Rire de soi ne signifie pas se moquer de soi
La frontière est importante.
On peut faire rire les autres à ses propres dépens tout en étant intérieurement très dur avec soi-même.
« Je suis nul. » « De toute façon, je rate toujours tout. » « Avec moi, il fallait s'y attendre… »
Ce n'est pas vraiment de l'autodérision.
L'autodérision suppose de pouvoir prendre de la distance sans perdre l'estime que l'on a de soi.
Je peux reconnaître que j'ai une manie parfaitement absurde sans considérer que je suis moi-même absurde.
Je peux raconter une situation dans laquelle je n'ai pas été particulièrement brillant sans en conclure que je suis incapable.
Je peux même exagérer l'un de mes défauts jusqu'à le rendre comique.
Et c'est précisément là que le théâtre et l'humour deviennent passionnants.
Et si vos petits travers devenaient du matériel de théâtre ?
Nous passons beaucoup de temps à essayer de dissimuler ce qui nous semble imparfait.
Au théâtre, on peut faire exactement l'inverse.
Prenez quelqu'un qui veut absolument tout contrôler.
Dans la vie quotidienne, cette personne essaiera peut-être de cacher cette tendance. Sur scène, on peut au contraire la grossir.
Elle vérifie une fois si la porte est fermée.
Puis deux.
Puis cinq.
Elle sort.
Elle revient.
Elle repart.
Elle revient encore parce qu'elle n'est plus certaine d'avoir vérifié qu'elle avait bien vérifié.
Et voilà qu'un trait de caractère très ordinaire devient une situation théâtrale.
C'est l'un des aspects que j'aime particulièrement travailler dans mes cours de théâtre, improvisation et humour à Bruxelles : apprendre à observer une attitude, une émotion ou un comportement et découvrir comment le jeu peut le transformer.
L'humour commence souvent par l'observation
On me dit parfois :
« Je ne suis pas drôle. »
Mais faire de l'humour ne signifie pas nécessairement savoir raconter des blagues.
L'humour peut naître d'un regard.
D'un silence un peu trop long.
D'une réaction disproportionnée.
D'un personnage qui prend extrêmement au sérieux quelque chose de parfaitement insignifiant.
D'un décalage entre ce que quelqu'un affirme et ce que son corps raconte.
Avant de chercher à être drôle, il faut apprendre à observer.
Observer les autres, bien sûr.
Mais aussi s'observer soi-même.
Comment est-ce que je réagis lorsque je suis contrarié ?
Que fait mon corps lorsque je veux avoir raison ?
Quelles expressions est-ce que je répète sans m'en rendre compte ?
Quelles sont mes petites contradictions ?
Nous possédons tous une quantité impressionnante de matériel comique. Encore faut-il accepter de le regarder.
Au théâtre, le corps peut être beaucoup plus drôle que les mots
L'humour ne passe pas uniquement par ce que l'on dit.
Un corps raide qui essaie désespérément de paraître détendu peut être drôle.
Une personne qui affirme calmement qu'elle n'est absolument pas énervée alors que tout son corps raconte exactement le contraire peut l'être aussi.
C'est l'une des raisons pour lesquelles le travail corporel occupe une place importante dans mes ateliers.
Respiration, relâchement des tensions, présence, mouvement : le corps n'est pas simplement ce qui transporte la tête jusqu'à la scène.
Il joue.
Et parfois, il raconte beaucoup plus de choses que le texte.
Cette approche rejoint le travail que je développe autour de la présence, du corps et de la liberté d'expression dans mes ateliers.
Accepter d'être momentanément ridicule
Voilà peut-être l'une des choses les plus difficiles.
Nous voulons tous, plus ou moins, garder une certaine maîtrise de l'image que nous donnons.
Paraître intelligent.
Cohérent.
Compétent.
Élégant, éventuellement.
Et puis arrive une improvisation dans laquelle tout ne se déroule pas comme prévu.
Vous cherchez une idée et elle ne vient pas.
Votre partenaire vous emmène dans une direction totalement inattendue.
Vous prononcez une phrase improbable.
Vous faites un geste ridicule.
Deux possibilités s'offrent alors à vous.
Essayer immédiatement de réparer.
Ou accepter ce qui vient de se passer et jouer avec.
Très souvent, c'est la deuxième possibilité qui produit les moments les plus intéressants.
Parce qu'en improvisation, l'accident n'est pas nécessairement une erreur.
Il peut devenir une proposition.
L'autodérision donne une formidable liberté de jeu
Lorsque nous avons moins peur d'être ridicules, quelque chose change.
Nous pouvons essayer davantage.
Prendre des risques.
Inventer.
Faire un personnage qui ne nous met pas particulièrement en valeur.
Explorer une émotion sans nous demander constamment ce que les autres vont penser.
On cesse progressivement de protéger son image pour commencer à jouer.
Et cette liberté ne concerne pas uniquement la scène.
Apprendre à rire gentiment de certaines de ses propres réactions permet aussi de prendre un peu de distance dans la vie quotidienne.
Tout n'est plus aussi grave.
Une maladresse reste une maladresse.
Un moment embarrassant devient parfois une excellente histoire.
Et une petite imperfection peut même devenir ce qui nous rend particulièrement humain.
→ Sur cette question de ce que le théâtre permet d'oser, vous pouvez également lire :
Peut-on apprendre l'autodérision ?
On ne peut évidemment pas décider :
« À partir de lundi, je serai formidablement capable de rire de moi-même. »
En revanche, cela se travaille.
Le théâtre offre un terrain particulièrement intéressant parce qu'il permet d'expérimenter sans conséquence.
On peut exagérer.
Essayer.
Rater.
Recommencer.
Transformer une émotion.
Inventer un personnage.
Improviser à partir d'une situation que l'on connaît très bien.
Et découvrir progressivement qu'on peut être regardé sans devoir être parfait.
C'est aussi pour cela que, dans mes cours, je ne sépare pas complètement théâtre, improvisation, humour, corps et émotions.
Ils se nourrissent les uns les autres.
L'improvisation développe l'écoute et la capacité à réagir.
Le théâtre permet de construire et d'explorer des situations et des personnages.
Le travail corporel donne de la présence et libère l'expression.
Et l'humour apporte cette petite distance qui permet parfois de regarder autrement ce que l'on prenait terriblement au sérieux.
Alors, où en êtes-vous avec votre capacité à rire de vous-même ?
Petit test.
La prochaine fois que vous faites quelque chose d'un peu ridicule, observez votre première réaction.
Essayez-vous immédiatement de le cacher ?
Vous critiquez-vous intérieurement ?
Ou arrivez-vous à penser :
« Bon… celle-là était quand même assez belle. »
Si vous choisissez la troisième réponse, vous avez déjà commencé.
Et si ce n'est pas encore le cas, le théâtre constitue un excellent terrain d'entraînement.
Non pas pour apprendre à devenir quelqu'un d'autre.
Mais peut-être pour prendre suffisamment de distance avec soi-même pour oser jouer avec ce que l'on est.
Envie d'expérimenter ?
Je propose à Bruxelles des cours et stages de théâtre, improvisation et humour pour adultes, accessibles aussi bien aux personnes qui débutent qu'à celles qui ont déjà une expérience du théâtre ou de l'improvisation.
Le travail associe improvisation, jeu théâtral, humour, émotions et approche corporelle.
Parce qu'au théâtre, on peut travailler sérieusement sans se prendre trop au sérieux.

