Je suis timide : est-ce vraiment une bonne idée de faire du théâtre ?

C’est une question que l’on me pose régulièrement.

« Je suis assez timide… Est-ce que vos cours peuvent quand même me convenir ? »

Derrière cette question, il y en a souvent une autre :

Est-ce qu’il faut déjà être à l’aise pour faire du théâtre ?

La réponse est non.

Et heureusement.

Si seuls les extravertis, ceux qui aiment être regardés et ceux qui savent déjà prendre leur place pouvaient faire du théâtre, beaucoup de personnes n’en pousseraient jamais la porte.

Pourtant, ce sont parfois celles qui hésitent le plus au départ qui y découvrent quelque chose de particulièrement précieux.

On ne vient pas au théâtre parce qu’on n’a plus peur

On peut avoir envie de faire du théâtre et, en même temps, redouter de devoir jouer devant les autres.

Avoir peur d’être ridicule.

Ne pas savoir quoi faire de son corps.

Se demander si l’on aura des idées pendant une improvisation.

Craindre de ne pas être aussi drôle, aussi spontané ou aussi intéressant que les autres.

Tout cela peut parfaitement coexister avec l’envie de faire du théâtre.

On n’attend pas de ne plus avoir peur pour commencer.

On commence avec ce que l’on est.

C’est d’ailleurs souvent le premier pas : oser ouvrir la porte.

Mais est-ce qu’on va me demander de jouer devant tout le monde dès le premier cours ?

Oui… et non.

Un cours de théâtre implique évidemment qu’à un moment, on joue.

Mais il y a une grande différence entre être brusquement exposé au regard des autres et être amené progressivement à prendre sa place dans un groupe.

C’est pour cela que je travaille beaucoup sur la respiration, le relâchement, le corps, les émotions, les exercices collectifs, l’improvisation et l’humour.

Petit à petit, on oublie un peu de se demander : 

« Qu’est-ce qu’ils vont penser de moi ? »

Et on commence à se demander :

« Qu’est-ce que je pourrais faire avec cette situation ? »

C’est déjà un énorme changement.

Et puis, parfois, le groupe devient vraiment un groupe

Il y a quelques jours, pendant un cours, j’ai vécu un de ces moments que j’aime particulièrement.

Depuis le début du cycle, le groupe était sympathique. Les élèves participaient, travaillaient, riaient ensemble.

Et pourtant, j’avais la sensation qu’il manquait encore quelque chose.

Le groupe n’avait pas encore vraiment pris.

Ce soir-là, plusieurs élèves étaient malades et un ancien élève venait de nous rejoindre.

À la fin du cours, je leur ai parlé d’un projet que nous allons travailler : écrire un sketch inspiré de la vie, en utilisant notamment l’autodérision.

Et puis ils ont commencé à parler.

Pas à jouer.

À parler vraiment.

L’un a raconté quelque chose de lui. Un autre a rebondi. Quelqu’un a écouté.

Et peu à peu, les échanges ont changé.

Il ne s’agissait plus d’être intéressant.

Ni d’être drôle.

Ni d’avoir la meilleure anecdote.

Ni de montrer ce que l’on savait faire.

Ils se sont simplement écoutés.

Ils ont partagé quelque chose d’eux, parfois un peu plus intime, sans faux-semblant.

Et j’ai eu la sensation qu’à ce moment-là, ils se rencontraient enfin.

Parfois, au théâtre, on peut simplement se déposer

L’heure du cours était terminée.

J’aurais pu arrêter la séance.

Je ne l’ai pas fait.

Parce que quelque chose était en train de se passer entre eux et que cela me semblait infiniment plus précieux que de regarder l’heure.

Alors je les ai laissés parler.

Il n’y avait plus besoin de paraître.

Plus besoin de briller.

Plus besoin de réussir un exercice.

Simplement être là, écouter quelqu’un et accepter de déposer un petit morceau de soi.

C’est une dimension du théâtre dont on parle peut-être moins.

On pense au jeu, à l’improvisation, aux personnages, aux émotions, au rire.

Mais le théâtre est aussi une aventure profondément humaine.

Parce qu’un groupe ne se construit pas uniquement en faisant des exercices ensemble.

Il se construit lorsque les personnes commencent à se faire confiance.

Lorsqu’elles s’écoutent réellement.

Lorsqu’elles découvrent qu’elles peuvent montrer quelque chose d’elles sans être jugées.

Ce soir-là, il n’y a rien eu de spectaculaire.

Juste une histoire simplement humaine, comme je les aime.

Et lorsque les élèves sont partis, j’ai eu cette sensation très nette :

le groupe avait pris.

Et si la timidité venait aussi de notre besoin de paraître ?

Être timide, ce n’est pas nécessairement ne rien avoir à dire.

Parfois, c’est être extrêmement conscient du regard de l’autre.

Est-ce que je suis intéressant ?

Est-ce que je vais être ridicule ?

Est-ce que je vais trouver quelque chose à dire ?

Est-ce que les autres sont meilleurs que moi ?

Être timide, ce n’est pas nécessairement ne rien avoir à dire.

Parfois, c’est être extrêmement conscient du regard de l’autre.

Est-ce que je suis intéressant ?

Est-ce que je vais être ridicule ?

Est-ce que je vais trouver quelque chose à dire ?

Est-ce que les autres sont meilleurs que moi ?

Le théâtre permet peu à peu d’expérimenter autre chose.

On peut rater une improvisation.

Chercher ses mots.

Faire quelque chose de complètement absurde.

Ne pas avoir la bonne idée au bon moment.

Et découvrir que ce n’est pas grave.

Mieux encore : cela peut parfois devenir la matière la plus intéressante à jouer.

Si cette hésitation vous est familière : Vous avez envie de faire du théâtre : alors pourquoi attendez-vous encore ? 

L’autodérision : rire de soi plutôt que se protéger

C’est aussi pour cela que j’aime travailler l’humour et l’autodérision.

L’autodérision n’est pas seulement une manière de faire rire.

Pour pouvoir rire de soi, il faut déjà accepter de regarder certaines de ses contradictions, ses petites manies, ses maladresses, ses peurs ou ses travers.

Et surtout, accepter de les montrer un peu.

Cela ne signifie évidemment pas tout raconter de sa vie.

Cela signifie pouvoir prendre suffisamment de distance pour se dire :

« Oui, je suis aussi comme ça… et finalement, c’est assez drôle. »

Ce que l’on essayait parfois de cacher peut alors devenir une formidable matière à jouer.

Et le rire des autres n’est plus forcément un rire dont il faut avoir peur.

Il devient un rire partagé.

Le but n’est pas de transformer un timide en extraverti

Je me méfie des promesses du type:

« Faites du théâtre et vous ne serez plus timide ! »

Ce n’est pas mon objectif.

Une personne réservée peut rester réservée.

Une personne sensible au regard des autres peut continuer à l’être.

Mais elle peut apprendre à ne plus laisser cette peur décider systématiquement à sa place.

Elle peut oser prendre la parole.

Regarder quelqu’un.

Improviser sans connaître à l’avance la bonne réponse.

Faire quelque chose d’un peu ridicule… et découvrir que le monde ne s’effondre pas.

Et même en rire.

C’est très différent de vouloir devenir extraverti.

À force de jouer, on arrête parfois un peu de jouer

C’est peut-être l’un des paradoxes que j’aime le plus dans mon métier.

Nous venons au théâtre pour jouer.

Nous jouons des personnages, des situations, des émotions.

Nous inventons.

Nous exagérons.

Nous improvisons.

Et pourtant, au fil du travail, il arrive que nous ayons de moins en moins besoin de jouer un personnage devant les autres.

On découvre des parties de soi que l’on montrait peu.

Plus spontanées.

Plus drôles.

Plus audacieuses.

Plus sensibles aussi.

Et c’est pour cela que cette phrase résume probablement le mieux ma manière de voir le théâtre :

Le théâtre ne consiste pas à jouer quelqu’un d’autre. Il permet souvent d’oser être pleinement soi-même.

Vous êtes timide et vous avez quand même envie d’essayer ?

C’est précisément pour cela que je propose à Bruxelles des cycles Découverte de 5 cours de théâtre, improvisation et humour.

Je ne propose pas de cours d’essai isolé, car une seule séance me paraît trop courte pour découvrir réellement ce travail.

En cinq cours, quelque chose peut commencer à évoluer.

On découvre les exercices.

On rencontre les autres.

On apprivoise progressivement le regard du groupe.

On improvise.

On rit.

Et parfois, presque sans s’en rendre compte, on commence à prendre un peu plus de place tout en ayant moins besoin de paraître.

Il n’est pas nécessaire d’avoir déjà fait du théâtre.

Il n’est certainement pas nécessaire d’être extraverti.

Vous pouvez arriver avec votre timidité.

On verra ensemble ce que le théâtre peut en faire.